Les “transitions” : problème sémantique ou conceptuel ?

Le terme de “transition” s’est imposé dans le langage non seulement courant et journalistique, mais aussi expert. Difficile aujourd’hui de parler de ces phénomènes sans utiliser cette expression : de transition énergétique en transition démocratique, démographique ou digitale…

Pourtant, le terme même de “transition” est gros de sous entendus conceptuels : il s’agirait d’une étape, transitoire (donc synonyme de “temporaire”) entre deux états stables supposés se succéder. A la manière du terme de “crise”, qui se retrouve notamment dans La Structure des Révolutions Scientifiques de Thomas Khun : la “crise sceintifique” n’est alors qu’un temps intermédiaire entre deux états de science “normale”.

Pourtant, comme le rappelle Myriam Revault d’Allonnes dans un essai récent, la “crise” (comme la transition) est un concept complexe. Avec elle, il faut essayer de penser crise et transition non plus comme des “moments”, mais comme des “états”, potentiellement durables.



Les transitions à l’oeuvre

Quatre transitions majeures sont en cours, et disruptent l’ensemble des secteurs de l’activité humaine (sociale, économique, culturelle…).

La première est la transition numérique. Elle transforme des pans entiers de nos sociétés, aussi bien du point de vue de la production et de la consommation de richesse que dans les aspects les plus intimes et sociétaux de la vie humaine.

La seconde est la transition environnementale. En imposant une réflexion marquée par la systémique (actions, interactions, rétroactions, externalités…), elle impacte les décisions collectives de façon diffuse, sur des sujets aussi divers que l’énergie, l’urbanisation ou la gestion des données.

La troisième est la transition géopolique. Le anciens équilibres sont usés, de nouvelles tendances sont à l’œuvre, et pas seulement du côté des BRICS. Le monde bipolaire, comme le leadership américain, laissent donc la place à de nouvelles gouvernances et de nouvelles dynamiques, y compris migratoires.

La quatrième est la transition sociétale. La libéralisation de la société, et l’extension des droits individuels se conjuguent aux transitons mentionnées plus haut. A tel point qu’il est désormais possible de parler de modifications cognitives profondes, notamment sous la pression des NTIC.

Parce qu’elles se superposent, ces transitions sont désormais entrées dans une dialectique durable, qui marque aussi l’entrée de nos sociétés dans l’ère de « l’hyper-complexité ». En se conjuguant, ces transitions sont désormais une force de transformation qui modifie la plupart des paradigmes jusqu’ici acceptés comme allant de soi.

L’Institut des Transitions s’est donc donné comme objet l’analyse des dynamiques propres à chacun de ces transitions, mais aussi la meta-dynamique générée par leur cumul. Surtout, les travaux de l’Institut viseront à apprécier et à anticiper les effets produits par cette transition sur les paradigmes économiques, sociétaux et intellectuels.

Au confluent d’une réflexion hautement spéculative et d’une application très concrète à des secteurs variés, l’Institut des Transitions cherche donc à réunir des contributeurs pluridisciplinaires issus de l’ensemble des domaines académiques, mais aussi des experts qui ont expérimenté l’effet concret de ces changements dans tel ou tel domaine d’application.